Du 10 au 21 novembre 2025, la 30e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) s’est tenue à Belém, au Brésil. Le sommet était axé sur la mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris, en réunissant des pays et des partenaires pour agir plus fermement contre le changement climatique. Tenue au cœur de l’Amazonie brésilienne, la conférence a souligné la conservation de la forêt tropicale et les solutions climatiques menées par les peuples autochtones.
Les discussions entre les pays et les partenaires lors de la conférence ont mis en lumière une réalité préoccupante : bien que les forêts tropicales du monde attirent de plus en plus l’attention internationale, elles continuent de disparaître à un rythme inquiétant. Tandis que la déforestation est souvent présentée comme une crise environnementale, elle soulève également des enjeux de sécurité qui ont un impact croissant sur les institutions internationales. Leur dégradation pourrait contribuer aux crises humanitaires, aux déplacements de populations, à l’instabilité régionale et aux défis sécuritaires qui touchent les organisations internationales telles que l’OTAN.
L’engagement indirect de l’OTAN sur la déforestation malgré ses discussions du climat
Selon son plan d’action sur le changement climatique et la sécurité, l’OTAN reconnaît progressivement le changement climatique comme un multiplicateur de menaces pour la sécurité internationale depuis les années 1970. Cependant, l’attention reste profondément centrée sur la fonte de l’Arctique, les événements météorologiques extrêmes et la résilience de la capacité militaire, bien que les implications climatiques de la déforestation tropicale continuent de recevoir beaucoup moins d’attention.
La déforestation tropicale n’apparaît pas dans le plan d’action, malgré sa position fondamentale en matière de régulation climatique mondiale et de stabilité internationale. Cette absence soulève une question cruciale : l’attention, dans les réflexions stratégiques de l’Alliance, devrait-elle mieux prendre en compte les conséquences sécuritaires de la déforestation tropicale ?
Les trois forêts tropicales majeures du monde
Les forêts tropicales les plus étendues du monde, dans l’Amazonie, le bassin du Congo et l’Asie du Sud-Est, sont parmi les plus grands puits de carbone au monde, en absorbant 7,6 milliards de tonnes nettes de CO2 par an, que soit 1,5 fois plus de carbone émis par les États-Unis n’émissent chaque année. Cela signifie que la protection des forêts demeure essentielle pour lutter contre le changement climatique. Actuellement, environ 10 000 hectares d’Amazonie sont perdus chaque jour ; le taux de déforestation a augmenté de 66% en 2025 en Asie du Sud-Est et plus de 600 000 hectares du bassin du Congo sont perdus chaque année. Leur disparition ne constitue pas seulement un enjeu environnemental local, mais également une question de sécurité internationale, portant sur les conséquences climatiques, les crises humanitaires et les dynamiques géopolitiques.
Les conséquences sécuritaires
La déforestation fragilise la capacité des États à absorber le carbone afin de mitiger le changement climatique, ce qui pourrait intensifier les crises naturelles, incluant des sécheresses, des inondations, des feux de forêt et des vagues de chaleur. Les infrastructures essentielles des États deviennent vulnérables, ce qui pourrait provoquer des crises humanitaires, contribuer à l’instabilité régionale et aggraver les défis sécuritaires pour les États et les organisations internationales.
De plus, la déforestation pourrait aggraver les déplacements de populations et les crises de santé. En touchant les communautés autochtones, ainsi que les pêcheurs et agriculteurs qui habitent ces régions forestières, les crises humanitaires liées à la migration régionale pourraient contribuer à l’instabilité sociale. En les contraignant à quitter leurs terres ancestrales, la déforestation perturbe les pratiques culturelles et traditionnelles des communautés autochtones, en raison de leur lien étroit avec l’environnement naturel.
En même temps, la dégradation environnementale accroîtrait les contacts entre les personnes et les animaux sauvages, ce qui poserait des risques d’émergence de nouvelles maladies. Par exemple, les scientifiques américains du CDC ont constaté que la fragmentation des forêts comptait parmi les plus forts prédicteurs de l’endroit où le virus pourrait passer des animaux aux humains.
Ces régions forestières sont également connues pour leurs ressources stratégiques. Par exemple, le Bassin du Congo abrite de vastes gisements de cobalt,de cuivre et de minéraux critiques, tandis que l’Amazonie abrite des terres rares et des ressources hydriques. La disparition des forêts pourrait alimenter la compétition pour ces ressources entre les puissances extérieures. Cette dynamique semble déjà observable dans le ciblage des zones de conservation communautaires au Brésil par les invasions, l’accaparement des terres et la violence qui découlent des acteurs internes et externes.
Le rôle de l’OTAN
Le rôle de l’OTAN ne devrait pas nécessairement consister en une gestion directe sur le terrain des forêts tropicales, mais plutôt en priorisant une stratégie de meilleure compréhension des risques sécuritaires associés à leur disparition. À travers une reconnaissance plus forte de la déforestation en tant que menace susceptible d’aggraver les déplacements de population, les crises humanitaires et les tensions géopolitiques, l’OTAN pourrait mieux anticiper les risques sécuritaires à l’avenir.
Premièrement, l’alliance pourrait intégrer davantage la déforestation dans les évaluations et les plans d’action de sécurité climatique. Cette intégration permettrait à l’OTAN d’identifier les régions du monde les plus susceptibles de dégradation forestière et les conséquences sur la sécurité régionale. À travers une analyse plus approfondie, la déforestation devrait être examinée avec un niveau d’attention comparable à celui accordé à la fonte de l’Arctique, aux sécheresses, aux inondations et aux impacts climatiques sur la capacité militaire.
Deuxièmement, l’OTAN pourrait renforcer l’utilisation de l’imagerie satellitaire afin de rendre les tendances environnementales plus claires. Actuellement, l’alliance et ses États membres disposent déjà de satellites militaires, de satellites météorologiques et de systèmes ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance). Cette technologie pourrait suivre l’accélération de la déforestation, les incendies de forêt, les sécheresses et les changements dans l’utilisation des terres. L’OTAN n’aurait pas besoin de surveiller les forêts pour des raisons climatiques, mais plutôt pour analyser les implications sécuritaires de leur dégradation. Par exemple, si une région est touchée simultanément par une déforestation croissante, une sécheresse majeure et un important déplacement de population, cela pourrait entraîner un risque accru d’instabilité à l’avenir.
Finalement, l’OTAN pourrait renforcer sa coopération avec les organisations internationales déjà engagées dans la lutte contre la déforestation. En tant qu’alliance de sécurité, l’OTAN ne dispose ni de l’expertise ni du mandat essentiel pour la gestion des forêts tropicales. Toutefois, les autres organisations contiennent déjà de cette capacité dans ce domaine, notamment l’Organisation des Nations Unies, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Tandis que les experts environnementaux au sein de ces organisations identifient les risques environnementaux, l’OTAN pourrait intégrer les données et analyses environnementales dans son évaluation des implications écologiques pour la sécurité climatique et internationale.
Conclusion
Les conséquences de la déforestation tropicale dépassent déjà le cadre d’un défi environnemental et constituent une menace croissante de la sécurité internationale. Dans la disparition massive des hectares à travers l’Amazonie, le bassin du Congo et les forêts d’Asie du Sud-Est, leurs implications ne sont pas limitées aux enjeux régionaux, mais elles impactent le climat mondial, les déplacements des communautés autochtones et des populations différentes, la stabilité sociale et les dynamiques géopolitiques concernant les ressources naturelles. L’OTAN n’est pas une organisation environnementale, mais les risques pour la sécurité liés à la déforestation rendent cet enjeu impossible à ignorer.
Dans le contexte des défis climatiques à venir, l’analyse des répercussions de la déforestation devient de plus en plus essentielle afin de prévenir de futures crises et de préserver la sécurité internationale. En accordant une plus grande priorité à la déforestation, à ses évaluations stratégiques et à ses capacités, ainsi qu’à sa coopération internationale, l’OTAN pourrait renforcer sa capacité à anticiper les crises humanitaires, les déplacements de migrants et les tensions sociales et politiques.
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Photo: Wikimedia Commons (Public Domain).




